sa fiche sur wikipedia :
iciC'est en 1993 que l'Association Marceline a été créée à Douai dans le but de réhabiliter et de diffuser l'œuvre de Marceline Desbordes-Valmore. Son président, Marc Bertrand, est considéré à ce jour comme un des plus grands spécialistes de cette poétesse. L'association a travaillé depuis mai 2006 sur la mise en ligne du premier site Internet entièrement dédié à Marceline Desbordes-Valmore et à ses disciples encore nombreux aujourd'hui.
La bibliothèque de Douai conserve près de dix-mille manuscrits d'œuvres de Marceline Desbordes-Valmore : lettres autographes, copies anciennes de lettres faites par son mari et par son fils, manuscrits et copies autographes d'œuvres sur feuillets et dans des cahiers ou carnets.
Association Marceline Desbordes-ValmoreJ'aime beaucoup ses poesies pleines de finesses et de délicatesses
un petit extrait :
LE ROSSIGNOL AVEUGLE
A MADAME CAROLINE BRANCHU
Nous ne saurions nous attendrir sur la destinée d’autrui,
ou même sur la nôtre, sans valoir quelque chose ;
car il y a une grande intensité de vie dans
la douleur. - Hélas ! souffrir, c’est encore vivre
fortement, puisque c’est vivre avec lutte et violence.
Keratry.
Pauvre exilé de l’air ! sans ailes, sans lumière,
Oh ! comme on t’a fait malheureux !
Quelle ombre impénétrable inonde ta paupière !
Quel deuil est étendu sur tes chants douloureux !
Innocent Bélisaire ! une empreinte brûlante
Du jour sur ta prunelle a séché les couleurs ;
Et ta mémoire y roule incessamment des pleurs ;
Et tu ne sais pourquoi Dieu fait la nuit si lente !
Et Dieu nous verse encor la nuit égale au jour.
Non! ta nuit sans rayons n’est pas son triste ouvrage ;
Il ouvrit tout un ciel à ton vol plein d’amour ;
Et ton vol mutilé l’outrage !
Par lui ton cœur éteint s’illumine d’espoir ;
Un éclair qu’il allume à ton horizon noir
Te fait rêver de l’aube, ou des étoiles blanches,
Ou d’un reflet de l’eau qui glisse entre les branches
Des bois que tu ne peux plus voir !
Et tu chantes les bois, puisque tu vis encore ;
Tu chantes : pour l’oiseau, respirer, c’est chanter.
Mais quoi ! pour moduler l’ennui qui te dévore,
Sous le voile vivant qui t’usurpe l’aurore,
Combien d’autres accents te faut-il inventer !
Un cœur d’oiseau sait-il tant de notes plaintives ?
Ah ! quand la liberté soufflait dans tes chansons,
Qu’avec ravissement tes ailes incaptives
Dans l’azur sans barrière emportaient ses leçons !
Douce horloge du soir aux saules suspendue,
Ton timbre jetait l’heure aux pâtres dispersés ;
Mais le timbre égaré dans ta clarté perdue
Sonne toujours minuit sur tes chants oppressés ;
Tes chants n’éveillent plus la pâle primevère
Qui meurt sans recevoir les baisers du soleil,
Ni le souci fermé sous le doigt du sommeil,
Qui se rouvre baigné d’une rosée amère.
Tu ne sais pas quel astre éclaire tes instants ;
Tu bois, sans les compter, tes heures de souffrance ;
Car la veille sans espérance
Ne sent pas la fuite du temps !
Tu ne vas plus verser ton hymne sur la rose,
Ni retremper ta voix dans le feu qui l’arrose :
Cette haleine d’encens, ce parfum tant aimé,
C’est l’amour qui fermente au fond d’un cœur fermé ;
Et ton cœur contre ta cage
Se jette avec désespoir ;
Et l’on rit du vain courage
Qui heurte ton esclavage
Sur un barreau sanglant que tu ne peux mouvoir.
Du fond de ton sépulcre un cri lent et sonore
Dénonce tes malheurs autre part entendus ;
Ton œil vide s’ouvre encore
Pour saluer une aurore
Que l’homme n’éteindra plus !
Ce jour que l’esclave envie
Du moins changera son sort,
Et je sais trop de la vie,
Pour médire de la mort !
Chante la liberté, prisonnier ! Dieu t’écoute.
Allons ! nous voici deux à chanter devant lui.
J’ai su dire ma joie, et je sais aujourd’hui
Ce qu’un son douloureux te coûte !
Chante pour tes bourreaux qui daignent te nourrir,
Qui t’ont ravi des cieux la flamme épanouie ;
Tes cris font des accords, ton deuil les désennuie ;
Si ta douleur s’enferme, ils te feront mourir !
Chante donc ta douleur profonde,
Ton désert au milieu du monde,
Ton veuvage, ton abandon !
Dis, dis quelle amertume affreuse
Rend la liberté douloureuse
Pour qui n’en sait plus que le nom !
Dis qu’il fait froid dans ta pensée,
Comme quand une voix glacée
Souffla sur le feu de mon cœur,
Pour éteindre aussi la lumière
D’une espérance, - la première,
Que je prenais pour le bonheur !
Laisse ton hymne désolée,
Comme l’eau dans une vallée,
S’épancher sur tes sombres jours ;
Et que l’espoir filtre toujours
Au fond de ta joie écoulée !
BERANGER
Mes chansons, c’est moi.
Le bonheur de l’humanité a été le songe de ma vie.
P.J. Béranger
Ange ou prophète ! oh ! que je te revoie,
Grave, sublime, et profond dans tes pleurs,
Insoucieux aux heures de la joie,
Toujours nouveau sous tes nouvelles fleurs,
Toujours toi-même ! Ingénu camarade
Du La Fontaine inventeur de tableaux,
Tu dors longtemps ; mais tu n’es pas malade,
Et ton réveil a triplé ses grelots.
Je baise au front cette muse fidèle ;
Son vol frémit, tout l’univers l’entend :
Que d’astres froids elle éteint d’un coup d’aile !
Sa plume brûle ! - écris : le pauvre attend.
Sauvage encor, libre, candide, nue,
Elle a monté par les mêmes chemins :
L’aigle sans peur la soutint dans la nue ;
Oh ! qu’elle est noble ! ô les beaux parchemins !
Sans la trahir, toi, tu l’as épousée ;
L’eau des prisons baptisa vos serments :
Par l’ouragan la flamme est aiguisée,
Et tu sors pur de ses embrassements.
Glissant partout où le pouvoir te veille,
Qu’elle a trompé de gardes endormis !
Qu’elle t’a dit de secrets à l’oreille !
Et ces secrets, Dieu ! qu’ils t’ont fait d’amis !
On rit, on pleure en feuilletant ton âme ;
A chaque page elle brûle nos doigts ;
Dans ces sons pleins de larmes et de flamme,
Qu’on aime Dieu ! mais aime-t-on les rois ?
Des malheureux ta chanson lumineuse
Traduit les pleurs que le ciel entendra ;
Ah ! sur leur route encor trop épineuse
Sème tes fruits : le temps les mûrira.
Oh ! ne crois pas qu’exilé de la foule,
Tu fus jamais tiède en son souvenir ;
Toujours ton nom, comme un écho qui roule,
Chantait dans l’air, échauffant l’avenir :
Va, l’amour libre est toujours la plus forte !
Et quand nos vœux soulevaient ton lien,
Nos cœurs serrés battaient contre ta porte
Pour écouter les battements du tien.
Triste, toujours ton immense famille,
Je dis la France, avait soif de tes vers ;
En te voyant radieux sous la grille,
Elle a maudit tes juges et tes fers.
Quand tout mourra, leur marbre cinéraire
Sera scellé par le pied du remord :
Toi, si l’on frappe à ta tombe légère,
Tu répondras : “Liberté dans la mort !”